Contrôle, force et vitesse

Confondant stratégie et vision du monde, quels sont les outils que nous recherchons dans notre société occidentale ? Avant tout, le contrôle, la force, la puissance, la vitesse, afin de donner la plus grande place possible à notre réalité personnelle.

Nous apprenons à lutter pour obtenir ce que nous voulons, à résister pour éviter le reste. La volonté et le courage deviennent les qualités primordiales pour vaincre les obstacles, traverser les turbulences ; la force et le contrôle pour tenter de rendre notre avenir conforme à nos désirs. Et la vitesse aussi, bien sûr, car le plus tôt sera le mieux.

Nous apprenons à nous comporter comme si tout dépendait de nous seuls alors que c’est loin d’être le cas. Cela fait abstraction de l’imprédictibilité des vents de la vie. Notre entourage a souvent des besoins opposés aux nôtres, ce qui nous pousse automatiquement à lutter pour être le plus fort. Et chaque fois que la situation nous dépasse, nous nous retrouvons face aux mystères de l’existence, aux doutes et aux frustrations, que nous détestons d’autant plus qu’ils nous confrontent à notre impuissance.

La peur de l’inconnu

Il n’y a plus de place dans notre société pour l’incertitude. Nous avons appris à la redouter depuis que les adeptes de Descartes ont estimé que la raison pouvait tout expliquer. Nous avons commencé à ressentir l’inconnu comme une menace, si ce n’est comme une atteinte à notre statut d’être intelligent et responsable.

On nous encourage dès notre plus jeune âge à ériger des certitudes et renforcer des croyances comme autant de protections contre les questions et les doutes. On accompagne d’explications logiques et unilatérales notre apprentissage des sciences, de l’histoire, de la physique, de la politique ou de la religion. Ce qui n’est pas explicable rationnellement ou ne correspond pas à notre culture est laissé de côté. On inculquera Darwin dans certaines écoles et le créationnisme ailleurs, plutôt que de présenter en parallèle les deux théories pour les comparer. L’ambiguïté nous rebute au point que nous faisons tout pour trouver, voire inventer, des explications. Nous sommes poussés à chercher des réponses à toutes les questions, à remplacer les points d’interrogation par des points d’exclamation. Nous en arrivons à nous satisfaire d’explications partielles, de connaissances tronquées, et ne voyons plus que certaines de nos convictions ne sont en fait que des a priori. Mais des a priori ô combien rassurants ! On dit que la nature a horreur du vide, mais c’est faux. C’est l’être humain qui a horreur du vide, et qui veut à tout prix remplir tous ses doutes par des explications. Nous oublions que l’interrogation est porteuse d’ouverture pour le cœur et l’esprit, alors que le point d’excla- mallon est une fin en soi.

Pourquoi ne pas permettre aux écoliers et aux étudiants de rester devant des questions auxquelles personne ne peut répondre ? Et même les encourager à le faire ? De contempler les mystères de l’existence pour développer leur curiosité plutôt que de chercher à se rassurer ? Ce ne seraient pas les enfants qui auraient peur de ça, mais nous, les adultes…

Pour calmer nos craintes face aux incertitudes de la vie, nous risquons de nous enfermer sans le réaliser dans les ornières de la routine, et nos habitudes ne deviennent que des œillères de plus pour éviter de voir les points d’interrogation qui nous entourent. Nous vivons comme si la mort n’existait pas et bannissons de nos pensées ce que nous ne voulons pas envisager.