Les vents de la vie

Ce qui nous atteint, dans ce monde, est aussi imprévisible et insaisissable que les vents. Sur le plan de la société, les modes, les tendances, les catastrophes naturelles, les guerres, la Bourse, sont comme les vents. De même que les attentes de notre entourage, les décisions politiques, les crises financières ou économiques, les conséquences de la mondialisation ou des changements climatiques.

Sur le plan individuel, également, la santé, les maladies, les accidents, les deuils, les rencontres, les succès, les crises, les échecs, l’amour, la chance, sont aussi capricieux que les vents.

La plupart des événements de la vie surviennent à l’impro- viste, nous prennent par surprise, sans que nous ayons pu nous y préparer, et, comme les vents, nous entraînent vers l’inconnu.

Nous avons donc a priori de bonnes raisons de nous méfier des vents de la vie…

Pensez à ces événements hors de notre contrôle qui bouleversent les existences les plus stables et tranquilles, qui perturbent les projets et les destins. Il faut souvent si peu pour que tout bascule. Une maladie, un accident, une rencontre ou un divorce. Un changement de régime politique ou social. Une catastrophe naturelle. Une crise financière.

Qui que nous soyons, portés ou cassés par les circonstances, nous sommes simplement, en fin de compte, des êtres en quête d’épanouissement. Nous cherchons à nous en sortir le mieux possible malgré les turbulences. Nous sommes donc à l’affût de tous les moyens qui nous permettront d’atteindre nos buts, contre vents et marées, que nous ayons les plus hautes ambitions ou que nous nous arrêtions à la quête un peu vague de bonheur, de sécurité et de confort. Nous avons besoin des outils nécessaires pour nous construire, apprendre des manières de faire et de nous comporter, développer des stratégies de vie.

Il n’est pas toujours facile de comprendre quelle est notre responsabilité dans le déroulement de notre histoire. Nous reprocherons à l’existence, parfois avec raison, de ne pas nous avoir mis dans les conditions les plus favorables pour réussir, et en tirerons la conclusion que nous n’avons aucune chance d’atteindre nos buts. Le rêve se brisera alors, parfois déjà dans l’enfance, ce qui engendrera l’abattement ou la révolte qui caractérisent ceux qui n’ont plus rien à perdre.

N’oublions jamais que la responsabilité n’est pas liée à la situation dont nous héritons, mais à ce que nous allons en faire ! Ne pas comprendre cette première règle est une autocondamnation à une vie de lamentations et de frustrations.

À moins de croire à la réincarnation et aux théories du karma – mais je préfère commencer par me limiter à notre vie actuelle, qui est déjà suffisamment compliquée -, je ne vois pas comment nous pourrions être responsables de ce que l’existence nous fait subir. En revanche, nous sommes pleinement responsables de notre manière d’y réagir.

Pour construire notre vie, nous aurions besoin d’apprendre des stratégies, alors qu’en réalité nous apprenons plutôt des visions du monde. Nous devrions développer des manières de nous comporter avec nous-mêmes et avec les autres, trouver des indices pour comprendre ce qui nous arrive et comment y faire face, deviner ce qui se cache derrière le voile du visible. Au lieu d’être conditionnés dans des certitudes, il faudrait saisir qu’il existe des milliers de manières de penser, des milliers de réalités différentes. Notre éducation, en famille ou à l’école, nous présente trop souvent l’existence d’une façon univoque et instille en nous des croyances d’autant plus profondes que nous admirons ceux qui nous les transmettent. Un trader de Wall Street, une famille évangéliste et des militants syndicaux vivent sur la même planète, mais pas dans le même monde. Leur vision de la réalité dépendra de leur éducation, des expériences qu’ils auront faites et des croyances qu’ils auront acquises. Pourtant, chacun sera certain d’avoir raison et se battra pour le faire savoir.